L'afro dans les années 70 : derrière la carte postale, une histoire politique

Coiffure afro sur cheveux crépus, héritage des années 70

Une pochette de disque, des paillettes, un pantalon patte d'éléphant et, au-dessus, un afro parfaitement rond. La décennie a laissé cette carte postale. Elle est trompeuse, et tu vas voir pourquoi.

Comprendre les années 70 suppose donc de remonter un peu avant, et de suivre ce qui arrive à un signe politique quand il devient une mode. C'est une histoire d'abord américaine, arrivée en France par la musique et le cinéma, et elle n'a pas produit les mêmes effets des deux côtés de l'Atlantique. Si tu portes aujourd'hui tes cheveux crépus au naturel, notre tutoriel pas à pas détaille les six étapes du Rituel Texture®.

1962le défilé « Naturally '62 », à Harlem
1970le portrait d'Angela Davis diffusé dans tout le pays
1974« Foxy Brown » installe l'afro au cinéma

Ce qui se passe avant les années 70

Le 28 janvier 1962, dans le sous-sol d'un club de jazz de Harlem, le Purple Manor, un collectif d'artistes new-yorkais organise un défilé de mode au titre sans détour : Naturally '62, the Original African Coiffure and Fashion Extravaganza Designed to Restore Our Racial Pride and Standards. Le collectif s'appelle l'African Jazz-Art Society and Studios, fondé en 1956 ; parmi ses animateurs, le photographe Kwame Brathwaite et son frère, le militant Elombe Brath. Les mannequins, réunies sous le nom de Grandassa Models, ne sont pas des professionnelles. Elles cousent leurs tenues et défilent avec leurs cheveux non défrisés.

En 1962, cela n'a rien d'une évidence : c'est le geste central de la soirée. Il y eut d'ailleurs deux représentations au lieu d'une, la file d'attente ayant débordé sur le trottoir.

C'est de ce milieu que sort le mot d'ordre « Black is Beautiful », et il faut mesurer ce qu'il inverse. Le défrisage n'était pas un caprice mais une convention professionnelle et sociale, entretenue par une industrie entière. Se présenter en public avec ses cheveux crépus revenait à décliner une règle que tout le monde autour de soi appliquait, et à en accepter les conséquences à l'embauche comme à l'église.

La décennie qui s'ouvre ensuite ne fait donc pas naître l'afro. Elle l'amplifie, le photographie, et finit par le vendre.

Une coiffure qui coûtait quelque chose

Femme aux cheveux crépus volumineux, la main dans les cheveux
Une coiffure reconnaissable de loin : c'est ce qui en a fait un signe, et c'est aussi ce qui l'a rendue repérable.

Le 18 août 1970, le FBI inscrit la militante et universitaire Angela Davis sur sa liste des dix fugitifs les plus recherchés. Son portrait est placardé partout pendant deux mois, jusqu'à son arrestation dans un hôtel de New York, le 13 octobre de la même année. L'image qui circule alors n'est pas seulement celle d'une femme recherchée : c'est celle d'une silhouette, reconnaissable à sa coiffure avant même d'être reconnaissable à son visage.

Angela Davis est revenue sur cet épisode bien plus tard, dans un texte publié en 1994 par la revue Critical Inquiry. Elle y rapporte une conséquence rarement racontée. Son portrait ayant servi d'image générique, écrit-elle, des centaines, peut-être des milliers de femmes noires portant leurs cheveux au naturel ont été interpellées, importunées ou arrêtées pendant les deux mois où elle est restée dans la clandestinité. Une coiffure était devenue un signalement.

Dans le même texte, elle s'agace d'être réduite, une génération plus tard, à cette chevelure plutôt qu'à son combat, et résume en une phrase ce qui la heurte : ramener une politique de libération à une politique de la mode. Cette phrase vaut d'être gardée en tête chaque fois que la décennie est célébrée pour sa seule allure.

Ce qui s'est joué dans ces années-là n'était pas une question de style. C'était le droit de se présenter au monde sans rien corriger.

La décennie où l'afro devient une esthétique

Au fil des années 70, la coiffure quitte le terrain strictement militant pour s'installer dans la culture populaire. La musique l'emporte partout : les Jackson 5, Diana Ross, Earth, Wind & Fire, puis la scène disco en font une image familière, y compris pour un public qui ne sait rien des débats qui l'ont précédée.

Le cinéma suit, avec les héroïnes du courant qu'on appellera plus tard blaxploitation : Tamara Dobson dans Cleopatra Jones en 1973, Pam Grier dans Foxy Brown en 1974. Ces films sont discutés, y compris à l'époque, pour les stéréotypes qu'ils reconduisent. Ils n'en restent pas moins, pour beaucoup de spectatrices, la première occasion de voir une femme noire au centre du cadre, coiffée comme elles.

C'est là que se produit le basculement. Une coiffure qui valait prise de position devient une silhouette à reproduire, puis un rayon de produits. Les deux lectures coexistent depuis, et il n'y a pas à choisir : on peut parfaitement porter cette coiffure aujourd'hui pour la seule raison qu'on la trouve belle, à condition de savoir que ce choix n'a pas toujours été gratuit.

Ce que le peigne afro raconte

Un objet résume cette trajectoire. Le peigne à dents longues, qui servait à lever la racine et à ouvrir la forme, devient dans ces années-là un emblème que l'on porte planté dans les cheveux, parfois avec un manche en poing fermé. Il quitte la salle de bains pour la photographie de mode, exactement comme la coiffure qu'il servait à façonner.

La confusion date de là, et elle nous suit encore : beaucoup de femmes ont grandi en croyant que ce peigne était l'outil du démêlage. Il ne l'a jamais été. Employé pour défaire des nœuds sur une chevelure sèche et sans produit, il casse, et il casse d'autant plus qu'on l'utilise avec la conviction de bien faire.

La France et les Antilles au même moment

De ce côté-ci de l'Atlantique, l'afro arrive surtout par les disques et les salles obscures, sans le mouvement social qui l'avait porté. Il est reçu comme une allure américaine, et il ne déplace pas, dans l'Hexagone comme aux Antilles, une pratique du défrisage installée pour longtemps. La carte postale montre les exceptions, pas la règle.

La suite est d'ailleurs plus parlante que les années 70 elles-mêmes. Trente ans après, le défrisage restait un passage attendu pour beaucoup de jeunes filles antillaises, et les cheveux naturels continuaient d'appartenir surtout aux aînées. Ce décalage se lisait à l'intérieur d'une même famille, d'une génération à l'autre.

Aux Antilles, dans les années 2000, on voyait trois générations côte à côte. Les femmes âgées gardaient souvent leurs cheveux naturels, les femmes de la trentaine se défrisaient, et nous, les enfants, restions au naturel jusqu'à douze ou quatorze ans. L'entrée au lycée faisait office de rite de passage vers le défrisage. Ma mère était défrisée et refusait de me défriser, parce qu'elle voyait bien que ça piquait. Moi, je voulais lui ressembler.

Ghana Elin, fondatrice

Autrement dit, ce que les années 70 ont ouvert aux États-Unis a mis des décennies à devenir un choix ordinaire en France. C'est le mouvement des années 2010 qui a fait ce travail-là, avec les blogs, les vidéos et les ateliers, et il continue : vois cinq personnalités françaises qui portent leur afro, et pourquoi tant de salons ne savent toujours pas coiffer les cheveux crépus.

Porter un afro aujourd'hui

Peigne afro planté dans une chevelure crépue
Le peigne afro est devenu un emblème dans les années 70. C'est resté un outil de finition, pas un outil de démêlage.

La forme ronde que l'on associe à la décennie ne s'obtient pas en plantant un peigne dans une chevelure sèche et nue. Elle vient d'un cheveu hydraté, démêlé sans casse, puis étiré. Dans le Rituel Texture®, tout se joue au séchage protecteur : La Crème Coiffante est appliquée sur toute la longueur, puis le séchage se fait au sèche-cheveux, par petites mèches et toujours en mouvement. C'est ce passage qui donne l'ampleur, bien davantage que le coiffage qui suit.

Le démêlage, lui, se fait en amont, aux doigts et sur cheveux secs : c'est le démêlage au doigt tchadien, première étape de la routine complète. Le Peigne de Man Dol' n'intervient qu'ensuite, sur des longueurs gainées du Masque Réparateur.

Pour le reste, un afro se conserve mieux qu'on ne le croit. La nuit, un foulard en soie et une taie d'oreiller en soie suffisent à garder la forme du lendemain. Entre deux routines, évite de mouiller la tête chaque matin pour raviver le volume : le geste soulage sur le moment et fatigue la fibre à la longue. Une routine complète tous les 7 à 10 jours fait mieux le travail. Nos conseils détaillés se trouvent dans notre article sur le volume des cheveux crépus.

Envie de porter cette forme, sans savoir par où commencer ?

Nos expertes regardent ta texture, ta densité et tes habitudes, puis te disent ce qui tient dans ta semaine. La consultation se fait en ligne, et elle ne vend rien.

Réserver une consultation

Questions fréquentes

L'afro est-il né dans les années 70 ?
Non. La coiffure portée comme un choix assumé apparaît publiquement dès le début des années 60, notamment lors du défilé Naturally '62 organisé à Harlem le 28 janvier 1962. Les années 70 lui donnent son audience, pas sa naissance.
Que signifie « Black is Beautiful » ?
« Le noir est beau ». Le mot d'ordre est né aux États-Unis dans les années 60, dans les milieux artistiques new-yorkais qui organisaient les défilés de cheveux naturels. Il invitait à valoriser ce que la norme dominante dépréciait : la peau, les traits, la texture des cheveux.
Pourquoi cette coiffure était-elle considérée comme politique ?
Parce qu'elle revenait à refuser publiquement le défrisage, alors quasi obligatoire dans la vie professionnelle. Elle était reconnaissable de loin, ce qui en faisait aussi un signalement : Angela Davis a raconté que son portrait, diffusé à partir d'août 1970, avait valu des interpellations à de nombreuses jeunes femmes coiffées comme elle.
Comment obtenir la forme ronde des années 70 ?
Par le séchage, pas par le peigne. Applique La Crème Coiffante sur cheveux humides, sèche au sèche-cheveux par petites mèches en gardant l'appareil en mouvement, puis ouvre la forme au peigne afro, à la racine, sur un cheveu déjà souple. Une coupe faite à sec, après séchage, donne l'arrondi.
Le peigne afro abîme-t-il les cheveux ?
Pas en lui-même. Il abîme quand on lui demande de démêler une chevelure sèche et sans produit, ce pour quoi il n'a pas été conçu. Réserve-le à la finition, une fois les cheveux souples, et confie le démêlage aux doigts puis au Peigne de Man Dol' sur des longueurs gainées de masque.

Aller plus loin

Sources

  • Angela Y. Davis, « Afro Images: Politics, Fashion, and Nostalgia », Critical Inquiry, vol. 21, n° 1, automne 1994, p. 37-45.
  • Federal Bureau of Investigation, liste des dix fugitifs les plus recherchés, notice n° 309, Angela Yvonne Davis, inscrite le 18 août 1970, arrêtée le 13 octobre 1970.
  • « The Fashion Show that Helped Launch a Movement », Center for Brooklyn History, Brooklyn Public Library, janvier 2022, sur le défilé Naturally '62 du 28 janvier 1962.