Dans le nord-ouest de la Namibie, une coiffure se lit : enfant, adolescente, mariée depuis un an ou mère. Ce n'est pas un ornement. Que raconte alors une coiffure ?
Les coiffures himbas circulent beaucoup en images et très peu avec leur sens. Nous avons donc écrit cet article à partir de sources identifiables plutôt que de descriptions de seconde main, et nous les indiquons en bas de page. Tu y trouveras qui sont les Himbas, ce que disent les coiffures des femmes puis celles des hommes, ce qu'est l'otjize et ce que la recherche en dit, et enfin ce qu'il nous paraît juste, ou non, d'en retenir. Notre tutoriel pas à pas détaille par ailleurs les six étapes du Rituel Texture®, qui vient d'une tout autre histoire, celle du jardin créole guadeloupéen.
Qui sont les Himbas
Les Himbas, ou Ovahimba, sont un peuple d'éleveurs semi-nomades installé principalement dans la région du Kunene, au nord-ouest de la Namibie, et de l'autre côté du fleuve Kunene, dans le sud de l'Angola. Ils parlent l'otjihimba, apparenté à la langue des Hereros, dans la famille bantoue. Le bétail organise une grande partie de la vie sociale, dans une région aride où l'eau est rare une bonne partie de l'année.
Deux précisions valent d'être posées d'emblée, parce qu'elles manquent presque toujours dans les articles consacrés à leurs coiffures. La première est que rien de ce qui suit n'appartient au passé : ces coiffures se portent aujourd'hui, elles se font et se refont, et elles coexistent avec les téléphones, les écoles et les déplacements vers les villes. La seconde est qu'il ne s'agit pas d'un peuple homogène et immobile : les formes varient selon les clans et les familles, et les descriptions générales, y compris la nôtre, restent des approximations.
Ce que disent les coiffures des femmes

Chez les petites filles, la coiffure de référence est faite de deux nattes ramenées vers l'avant, appelées ozondato, dont la forme dépend de l'héritage clanique de la famille. Une enfant qui porte une natte unique signale parfois qu'elle est l'une de deux jumelles. Les plus jeunes ont souvent la tête rasée, avec, ici ou là, des coupes particulières liées à des interdits propres à un clan.
À l'adolescence, la coiffure change de fonction. Les mèches, nombreuses et allongées, retombent vers l'avant et couvrent en partie le visage. Ce n'est pas un effet de style : la coiffure marque une période et une distance, celle où la jeune fille se soustrait au regard des hommes.
Le changement suivant intervient plus tard, et il est très net. Après environ un an de mariage, ou à la naissance d'un premier enfant, une femme porte l'erembe, une coiffe taillée dans la peau, posée au sommet de la tête, tandis que les nattes sont ramenées en arrière et dégagent le visage. La coiffe ne se gagne donc ni par l'âge ni par la cérémonie seule : elle dit un statut, celui d'épouse installée ou de mère.
Ce système a une conséquence qu'il est facile de manquer quand on ne regarde que des photographies. Une coiffure himba n'est pas un choix esthétique parmi d'autres, c'est une information publique sur la personne qui la porte. On ne peut pas en changer parce qu'on en a envie, et on ne peut pas non plus la porter sans dire, à tout le monde, quelque chose que l'on n'est peut-être pas.
Les coiffures des hommes

Le principe est le même, avec moins de formes. Un homme non marié porte une natte unique à l'arrière de la tête, l'ondatu. La coiffure se lit de loin et suffit à indiquer sa situation.
Au mariage, la natte disparaît sous un turban de tissu, que les hommes mariés portent à partir de ce jour-là et qu'ils ne retirent pas, y compris pour se gratter le crâne, ce qu'ils font à l'aide de petites tiges glissées dessous. Là encore, le vêtement de tête n'a pas de fonction décorative : il marque un état civil, et le retirer reviendrait à en changer.
L'otjize, et ce que la recherche en dit
C'est l'élément le plus reconnaissable, et le plus mal raconté. L'otjize est une pâte de graisse, souvent du beurre de chèvre, mélangée à de l'ocre broyée, parfois parfumée à la résine aromatique d'un arbuste local, l'omuzumba, Commiphora multijuga. Elle est appliquée sur la peau et sur les cheveux, et elle donne à l'ensemble sa teinte rouge orangé.
Elle a été analysée. Une étude publiée en 2022 dans Scientific Reports a montré que l'ocre utilisée contient des particules nanométriques d'oxyde de fer, qui filtrent fortement les ultraviolets et réfléchissent une part importante du rayonnement infrarouge. Autrement dit, dans une région où l'eau manque et où le soleil est violent, la pâte protège la peau et remplace en partie la toilette à l'eau. Une seconde étude, parue en 2023 dans le Journal of Archaeological Science: Reports, a caractérisé la composition minéralogique de ces ocres namibiennes et relevé que les teneurs en métaux toxiques y restent sous les seuils admis.
Ce que ces travaux disent s'arrête là. Ils décrivent une protection solaire et thermique documentée, sur la peau. Ils ne démontrent ni que l'otjize fait pousser les cheveux, ni qu'il constituerait un soin capillaire transposable, et nous ne l'écrirons pas. Les longues nattes que l'on voit sur les photographies tiennent d'abord à une pratique de coiffage qui immobilise les longueurs et les manipule peu, ce qui est vrai de beaucoup de coiffures tressées, ici comme ailleurs.
Ce qu'on peut en retenir, et ce qu'on ne peut pas
Un article de marque qui parle d'un peuple vivant a une pente naturelle, et elle est mauvaise : transformer une pratique sociale en inspiration, puis l'inspiration en produit. Nous préférons dire clairement où s'arrête ce que nous pouvons en faire.
Ce que cet article ne propose pas
- Une coiffure à reproduire. L'erembe et l'ondatu disent un statut précis dans une société précise ; portés ailleurs, ils ne disent plus rien, sinon qu'on a pris une forme sans son sens.
- Une tendance. Ces coiffures ne sont pas apparues pour être vues sur des photographies, et elles ne suivent aucune saison.
- Une recette de soin. Aucun ingrédient n'est présenté ici comme un remède, et l'otjize n'est pas un masque capillaire.
- Une vertu attribuée à un peuple. Les Himbas n'ont pas un secret capillaire : ils ont des usages, un climat et des contraintes qui leur sont propres.
Ce qui reste, et ce n'est pas rien, c'est une observation de fond. Dans beaucoup de sociétés africaines, la coiffure a porté de l'information avant de porter du style, et le travail des cheveux y a occupé un temps considérable, en commun, d'une génération à l'autre. Cette histoire-là, nous la partageons en partie : elle traverse l'histoire des tresses africaines comme elle traverse la pharmacopée du jardin créole dont notre méthode est issue.
Ce que je vois d'abord dans ces coiffures, c'est du travail et de la patience. Nos cheveux sont faits pour aller vers le haut, pour être tressés, entortillés, enduits. Ce sont de vraies sculptures, et nous avons une chance inouïe d'appartenir à une culture capillaire aussi riche.
Ghana Elin, fondatriceEnvie de reprendre tes cheveux autrement ?
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Réserver une consultationQuestions fréquentes
Où vivent les Himbas ?
Que signifient les coiffures des femmes himbas ?
Qu'est-ce que l'otjize ?
Les hommes himbas ont-ils aussi une coiffure codée ?
Peut-on porter une coiffure himba ?
Aller plus loin
Sources
- « Himbas' incredible hairstyles », The Namibian, 22 avril 2014.
- Havenga D., Akoba R., Menzi L., Azizi S., Sackey J., Swanepoel N., Gibaud A. et Maaza M., « From Himba indigenous knowledge to engineered Fe2O3 UV-blocking green nanocosmetics », Scientific Reports, vol. 12, article 2259, 2022.
- Teklay M., Thole J. T., Ndumbu N., Vries J. et Mezger K., « Mineralogical and chemical characterization of ochres used by the Himba and Nama people of Namibia », Journal of Archaeological Science: Reports, vol. 47, 2023.