Un rayon jeunesse, un samedi, et une question murmurée à la libraire : un livre où l'héroïne a des cheveux comme ceux de ma fille ? Il y a dix ans, la réponse était souvent non. Elle a changé.
Voici sept livres, quatre pour les adultes et trois à lire avec un enfant, dans lesquels les cheveux crépus ne sont pas un détail de décor mais un ressort du récit. Tous existent en français, et nous donnons pour chacun son éditeur et sa traduction, parce que c'est là que les sélections recopiées d'un site à l'autre se trompent le plus souvent. Et parce qu'un livre ne remplace pas un geste, notre tutoriel pas à pas détaille les six étapes du Rituel Texture®.
Ce qu'on cherche vraiment dans un livre
La plupart des sélections de ce type promettent qu'un livre va réconcilier une enfant avec ses cheveux. C'est beaucoup demander à un objet de papier. Ce qu'un bon livre fait, plus modestement, c'est fournir un vocabulaire : il nomme des choses que l'on vit sans les formuler, le salon où l'on passe le samedi, le geste de lisser avant un entretien, la remarque d'une camarade dans la cour. Une fois nommées, ces choses deviennent discutables.
Le second critère est plus exigeant. Un personnage qui n'existe que par son rapport à ses cheveux reste un personnage à problème. Les titres qui suivent ont été retenus parce que leurs héroïnes ont autre chose à faire de leur vie.
Dans un livre ou dans un film, ce que je cherche, c'est une femme noire vue sous des angles différents, qui a le contrôle et qui gère son monde. Les livres de Maryse Condé m'ont beaucoup inspirée, avec cette Guadeloupe des années 60 où les femmes portaient encore leurs cheveux crépus au naturel.
Ghana Elin, fondatriceQuatre lectures d'adulte

Le Cœur à rire et à pleurer, de Maryse Condé
Sous-titré Contes vrais de mon enfance et paru chez Robert Laffont en 1999, ce livre raconte une enfance guadeloupéenne dans une famille qui se voulait exemplaire. Les cheveux n'y occupent pas un chapitre : ils traversent le récit comme le reste, à travers ce qui se dit et ne se dit pas sur la couleur, la tenue et la respectabilité. C'est la porte d'entrée la plus juste vers les Antilles d'avant le défrisage généralisé, et le livre se trouve sans difficulté, y compris en poche.
Peau noire, cheveu crépu, de Juliette Sméralda
Sous-titré l'histoire d'une aliénation et publié chez Jasor, en Guadeloupe, en 2004, c'est un essai, pas un roman. La sociologue y retrace l'histoire longue du rapport au cheveu crépu et ce que la période coloniale y a déposé, sur trois cent cinquante pages et avec sa bibliographie. C'est le titre à conseiller à celles qui veulent des références et un raisonnement plutôt qu'un récit. Elle a prolongé ce travail avec Du cheveu défrisé au cheveu crépu, chez Anibwé, aujourd'hui beaucoup plus difficile à trouver neuf.
Americanah, de Chimamanda Ngozi Adichie
Paru en 2013 et traduit de l'anglais par Anne Damour chez Gallimard en 2015, puis repris en Folio, le roman suit Ifemelu, Nigériane partie étudier aux États-Unis, qui y tient un blog sur la question raciale. Le salon de tressage, où elle passe de longues heures, sert de poste d'observation : c'est là que se disent les hiérarchies, les origines, les ambitions. Les pages sur le défrisage avant un entretien d'embauche sont parmi les plus citées du livre, et pour de bonnes raisons.
Mais leurs yeux dardaient sur Dieu, de Zora Neale Hurston
Publié en 1937 aux États-Unis, ce classique suit Janie Crawford à travers trois mariages et une émancipation. Ses cheveux, que son second mari l'oblige à couvrir en public, sont l'un des enjeux concrets de sa liberté : elle les dénoue au moment où elle reprend la main. Deux traductions françaises coexistent, et c'est utile à savoir avant de commander. La plus récente est celle de Sika Fakambi, parue chez Zulma en 2018 puis en poche ; la plus ancienne, signée Françoise Brodsky, a paru aux Éditions de l'Aube en 1996 sous le titre Une femme noire.
Trois livres à lire avec un enfant

Comme un million de papillons noirs, de Laura Nsafou
Illustré par Barbara Brun et publié chez Cambourakis en septembre 2018, cet album suit Adé, moquée à l'école pour des cheveux qui ne ressemblent pas à ceux des autres. Sa mère et ses tantes lui montrent une autre façon de les regarder : des papillons noirs endormis. Trente-deux pages, un texte court, et le seul album écrit directement en français de cette sélection à parler de cheveux crépus. L'autrice et l'illustratrice ont signé deux autres albums chez le même éditeur, Le Chemin de Jada et La Demeure du ciel.
Sulwe, de Lupita Nyong'o
Illustré par Vashti Harrison, cet album raconte l'histoire d'une petite fille à la peau plus foncée que celle de sa sœur. Le sujet n'est pas le cheveu mais le colorisme ; il touche pourtant au même endroit, celui où une enfant décide que quelque chose en elle serait à corriger. L'édition française est parue chez Michel Lafon en septembre 2022, dans une traduction de Laura Nsafou. Quarante-huit pages, à lire avec un adulte, parce que le livre appelle une conversation.
Frizzy, de Claribel A. Ortega
Un roman graphique dessiné par Rose Bousamra, paru en français chez Jungle en avril 2023, dans une traduction de Mathilde Tamae-Bouhon. Marlene, adolescente dominicaine, est emmenée chaque week-end au salon pour faire lisser ses cheveux, jusqu'au jour où elle refuse. Les deux cent douze pages décrivent sans caricature la pression familiale, qui vient presque toujours de femmes persuadées de bien faire. C'est le titre à mettre entre les mains d'une préadolescente qui commence à poser des questions.
Où les trouver, et en quelle langue
Six de ces sept titres se commandent aujourd'hui sans difficulté chez un libraire. Le septième, le second essai de Juliette Sméralda, se trouve surtout d'occasion ou en bibliothèque, et nous préférons le signaler plutôt que de le retirer de la liste : c'est un texte qui compte. Pour le reste, la vigilance porte moins sur la disponibilité que sur l'édition.
Avant de commander
- Vérifie la langue de l'édition : Frizzy et Sulwe se vendent dans les deux langues, sous le même titre.
- Pour Zora Neale Hurston, deux traductions coexistent sous deux titres différents.
- Une librairie indépendante commande n'importe lequel de ces titres en quelques jours.
- Les albums jeunesse sont souvent disponibles en bibliothèque, ce qui permet de tester avant d'acheter.
Le livre, et le moment du coiffage
Ces lectures ont un usage très concret, et c'est peut-être leur meilleur. Le soin des cheveux d'un enfant dure longtemps et se passe mal quand il est vécu comme une contrainte subie. Un album lu pendant que l'on démêle change la nature du moment : l'enfant a quelque chose à faire, l'adulte a quelque chose à dire, et la séance cesse d'être une négociation.
Le reste tient à la technique, et la technique se résume à peu de chose. Le démêlage commence aux doigts, sur cheveux secs, section par section, avant tout passage sous l'eau. Le peigne n'intervient qu'ensuite, sur des longueurs gainées du Masque Réparateur, des pointes vers les racines, avec un retour aux doigts dès qu'une résistance apparaît. C'est ce qui fait la différence entre une séance qui fait mal et une séance qui n'est rien de plus qu'un moment ensemble. Vois notre article sur le démêlage sans douleur et notre routine pour les cheveux crépus des enfants.
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Nos expertes reprennent le geste avec toi, sur ta texture et celle de ton enfant, et cherchent d'où vient la douleur. La consultation se fait en ligne.
Réserver une consultationQuestions fréquentes
Quel livre choisir pour une enfant de moins de sept ans ?
Existe-t-il des livres français sur le sujet ?
Comment parler de ses cheveux à une enfant qui ne les aime pas ?
Ces lectures remplacent-elles une routine de soin ?
Aller plus loin
Sources
- Maryse Condé, Le Cœur à rire et à pleurer. Contes vrais de mon enfance, Robert Laffont, 1999.
- Juliette Sméralda, Peau noire, cheveu crépu. L'histoire d'une aliénation, Jasor, 2004 (notice du catalogue de la Bibliothèque publique d'information) ; Du cheveu défrisé au cheveu crépu, Anibwé.
- Chimamanda Ngozi Adichie, Americanah, traduit de l'anglais par Anne Damour, Gallimard, 2015.
- Zora Neale Hurston, Mais leurs yeux dardaient sur Dieu, traduit par Sika Fakambi, Zulma, 2018 ; première traduction française sous le titre Une femme noire, par Françoise Brodsky, Éditions de l'Aube, 1996.
- Laura Nsafou et Barbara Brun, Comme un million de papillons noirs, Cambourakis, 2018.
- Lupita Nyong'o, Sulwe, illustré par Vashti Harrison, traduit par Laura Nsafou, Michel Lafon, 2022.
- Claribel A. Ortega et Rose Bousamra, Frizzy, traduit par Mathilde Tamae-Bouhon, Jungle, 2023.