Un coiffeur de vingt ans de métier, un salon plein, une cliente aux cheveux crépus qui s'assoit, et une main qui hésite au-dessus de sa tête. Cette scène se joue encore chaque semaine, partout en France. Elle ne raconte ni de la mauvaise volonté ni du mépris : elle raconte un métier où une texture entière est restée hors du programme.
La conséquence est connue de toutes celles qui la vivent : des appels qui n'aboutissent pas, une adresse à l'autre bout de la ville, des années sans salon. Ce qui l'est moins, c'est ce qu'il faudrait exactement pour que cela cesse, et à quel point c'est peu de chose. Nous le savons parce que nous formons des coiffeurs depuis des années, et parce que la méthode que nous enseignons tient en six étapes. Elles sont détaillées dans notre guide gratuit, qui présente le Rituel Texture®.
Pendant mon diplôme de coiffure, j'ai demandé à une professeure pourquoi nous n'apprenions pas à coiffer les cheveux crépus. Elle m'a répondu que les femmes noires se coiffaient entre elles, qu'elles se débrouillaient. Je lui ai dit qu'elles avaient peut-être envie d'un moment de bien-être, comme toutes les femmes de France. Avec le recul, je sais qu'elle manquait simplement d'informations. Plus tard, des coiffeurs installés sont venus me voir pour me dire : je ne sais même pas faire un shampoing sur ces cheveux, tu peux me montrer ? Ce que j'ai rencontré sur le terrain, ce sont surtout des professionnels désemparés.
Ghana Elin, fondatrice« Je ne sais pas faire » n'est pas un refus
Quand on n'y connaît rien, on se dit que les coiffeurs refusent les cheveux crépus parce qu'ils sont racistes. Il y en a peut-être. Mais sur le terrain, ce qu'on rencontre d'abord, ce sont des professionnels qui n'ont jamais touché cette matière et qui ne savent pas par où commencer. Le shampoing, la coupe, le séchage : tout ce qu'ils ont appris donne un résultat contraire à celui qu'ils attendent.
Dans ces conditions, refuser est souvent la décision la plus honnête. Un rendez-vous improvisé sur une chevelure crépue ne se solde pas par une coiffure moyenne, il se solde par de la casse, une coupe déséquilibrée une fois les cheveux secs, et une cliente qui ne remettra pas les pieds dans un salon avant plusieurs années. Entre abîmer et orienter, orienter vaut mieux.
Ce qui n'est pas acceptable, en revanche, c'est que la situation dure. Un manque de formation est une donnée de départ, pas une position à tenir vingt ans.
D'où vient le trou

La formation initiale française s'est construite sur une matière : le cheveu lisse à ondulé. Les gestes enseignés, les outils, les durées de prestation, les grilles de tarif, jusqu'aux planches d'examen, décrivent cette fibre-là. Une texture crépue n'y figure pas comme une variante, elle n'y figure pas du tout. Un élève sort donc diplômé sans avoir jamais démêlé, lavé ni coupé une chevelure de type 4.
Le reste s'ensuit mécaniquement. Faute de programme, chacun bricole : une vidéo, un modèle, une collègue qui a l'habitude. Les gestes se transmettent par approximation, et les approximations se transmettent avec eux. C'est ainsi que des consignes fausses circulent depuis si longtemps qu'elles passent pour du bon sens, à commencer par celle qui interdit de démêler à sec.
Il faut le dire sans détour : ce n'est pas la faute des coiffeurs. C'est le résultat d'une formation qui a considéré qu'une partie de la clientèle française se débrouillerait ailleurs. Les intéressés, eux, ont souvent été les premiers gênés par ce qu'ils ne savaient pas faire.
Ce qu'il faut d'abord désapprendre
La difficulté d'une formation aux textures crépues n'est pas d'ajouter des connaissances. C'est de défaire des réflexes acquis, parce qu'ils sont presque toujours l'exact inverse de ce qu'il faut faire.
Les quatre réflexes qui bloquent un salon
- Couper sur cheveux mouillés. Sur une chevelure crépue, la coupe se fait à sec, sur cheveux étirés, seul état où le rétrécissement est lisible.
- Conduire la cliente directement au bac. Aucun passage au bac sans démêlage préalable, aux doigts et sur cheveux secs.
- Émulsionner le shampoing comme sur un cheveu lisse. Le lavage se travaille par section et par zone, sur le cuir chevelu.
- Sortir le diffuseur par défaut. Il ne convient qu'à de rares cas sur cheveux crépus, et il a remplacé pendant des années le séchage qui convenait.
Une fois ces quatre réflexes mis de côté, le reste s'apprend vite. C'est le retour le plus fréquent des coiffeurs formés : ils s'attendaient à un continent, ils trouvent une méthode. À l'Opéra de Paris, ce qui a le plus frappé notre équipe, c'est le niveau d'expertise et de minutie déjà en place. Une fois comprise la façon de préparer la matière, ces professionnels ont pu appliquer les gestes immédiatement.
Ce que la formation change vraiment

Elle donne un ordre. Le Rituel Texture® en compte six étapes, du démêlage au doigt tchadien jusqu'au coiffage final, et cet ordre n'est pas décoratif : chaque étape prépare la suivante. Le démêlage aux doigts sur cheveux secs fait circuler le sébum et défait les nœuds avant qu'ils ne se resserrent à l'eau. Le double nettoyage, clarifiant doux puis Le Shampoing Réparateur, débarrasse la fibre de ce qui empêcherait le soin d'agir. Le Masque Réparateur gaine les longueurs, et c'est seulement une fois gainées qu'elles acceptent Le Peigne de Man Dol' sans casse.
Elle donne ensuite des durées honnêtes. Un Rituel Texture® complet en salon prend de deux heures un quart à trois heures un quart selon le coiffage et la présence d'une coupe. Ce chiffre paraît décourageant tant qu'on le compare à un brushing ; il devient tenable dès qu'on le traite comme ce qu'il est, une prestation à part entière, avec son tarif et son créneau. Notre guide des durées de prestation donne les repères.
Elle donne enfin un vocabulaire. Pouvoir nommer ce qu'on voit, expliquer pourquoi on fait poser dix minutes et pas quarante, dire ce qu'on ne recommande pas : c'est ce qui transforme un rendez-vous subi en rendez-vous compris. Beaucoup de coiffeurs découvrent en formation qu'ils savaient déjà faire, mais qu'ils ne savaient pas le dire.
Ce que cela change dans le fauteuil
Du côté de la cliente, la différence ne se mesure pas au résultat final, mais à ce qui n'arrive pas. Personne ne lui demande d'arriver démêlée. Personne ne commente la dureté de ses cheveux. Personne ne lui propose un lissage comme réponse à une sécheresse. On ne la fait pas patienter pendant qu'on cherche qui, dans l'équipe, voudra bien s'en occuper.
Elle ressort avec une chevelure qui bouge dès la racine, un cuir chevelu léger, et surtout avec des consignes applicables chez elle. C'est le second effet d'un salon formé : il rend sa cliente plus autonome au lieu de la rendre dépendante d'un rendez-vous. Notre méthode en six étapes est faite pour être reprise à la maison.
Et si vous cherchez aujourd'hui un professionnel de ce type, nos critères pratiques sont réunis dans comment trouver un bon coiffeur, avec les six questions à poser avant de réserver.
Ce qui bouge déjà
La situation n'est plus celle d'il y a dix ans. Des coiffeurs se forment de leur propre initiative, sans attendre que le programme officiel bouge. Des maisons dont on n'aurait pas parié qu'elles s'en saisiraient les premières l'ont fait : l'Opéra de Paris, la Comédie-Française, le Théâtre du Châtelet, et des coiffeurs de plateaux de cinéma longtemps démunis devant les cheveux des comédiennes. Quand une institution décide qu'une texture fait partie du métier, la question cesse d'être une affaire de niche.
Le mouvement vient aussi des salons de quartier, souvent généralistes, qui se forment parce qu'une cliente le leur a demandé. C'est ce réseau que recense notre annuaire de salons partenaires, en France et dans les DOM-TOM, et il s'étoffe chaque mois.
Reste le principe, que nous portons avec le collectif Beauté pour tous : chaque femme a le droit d'aller chez le coiffeur comme tout le monde, quelle que soit sa texture. Ce n'est pas une faveur à demander, ni un service à aller chercher à deux heures de chez soi. C'est simplement le métier, exercé en entier.