Ta grande gourde posée sur le bureau est une bonne habitude. Mais fait-elle pousser tes cheveux ? La question revient tous les jours en consultation, et elle mérite une réponse qui ne te vende rien.
La nuance mérite pourtant d'être posée, parce qu'elle n'est pas celle que l'on croit. On lit souvent qu'il faudrait boire assez, un seuil au-delà duquel le supplément ne servirait plus à rien. C'est une manière commode de ne pas dire l'essentiel, et nous allons la corriger. Pour la partie gestes, celle qui change vraiment quelque chose, notre tutoriel pas à pas détaille les six étapes du Rituel Texture®.
Quand mes cheveux cassaient, ou que ma peau était moins belle, la première question de ma mère ne portait jamais sur un produit. Elle me demandait si j'avais bu de l'eau, et si j'avais mangé équilibré. Je n'ai jamais cessé de penser qu'elle avait raison sur le fond, et je sais aujourd'hui que cela n'a jamais suffi à sauver une longueur : le reste se joue dans les mains.
Ghana Elin, fondatriceLa réponse, et ce qu'elle cache

Le cheveu ne naît pas sur ta tête, il naît dessous. Il se fabrique dans le follicule, une petite usine enfouie dans le cuir chevelu, alimentée par le sang qui circule autour. C'est donc le seul endroit par lequel ta consommation d'eau pourrait avoir quelque chose à voir avec tes cheveux, et c'est de là que vient la croyance.
Voici où nous en sommes vraiment. Une déshydratation sévère est un trouble général, qui perturbe l'ensemble de l'organisme, cuir chevelu compris ; personne ne conteste qu'il faille la corriger, et cela n'a rien de capillaire. En dehors de ce cas, à notre connaissance, aucune étude ne montre que la quantité d'eau bue modifie la vitesse de pousse, l'épaisseur ou la solidité de la fibre. Ni dans un sens, ni dans l'autre.
La formule prudente que l'on lit partout, « boire assez évite de gêner la pousse », a l'air raisonnable et ne repose sur rien de plus. Nous préférons la retirer de nos pages plutôt que de la maintenir par confort. Bois parce que c'est bon pour toi, pas parce que tu en attends des centimètres.
L'eau que l'on boit ne se voit pas sur une chevelure. Ce qui s'y voit, c'est ce qu'on lui a fait au démêlage, au séchage et la nuit.
Les deux hydratations
Dès que le cheveu sort du cuir chevelu, l'histoire s'arrête net. La tige que tu coiffes, qui mesure dix, vingt ou quarante centimètres, n'est plus reliée à rien : ce sont des cellules kératinisées, sans vaisseau, sans circulation, sans échange avec le reste du corps (Robbins, Chemical and Physical Behavior of Human Hair, 2012). Aucun verre d'eau ne remonte jusque-là, et aucun complément non plus.
C'est exactement là que naît la confusion la plus répandue. Une lectrice constate que ses longueurs sont sèches, rêches au toucher, qu'elles boivent une crème hydratante en quelques heures, et elle en conclut qu'elle ne boit pas assez. Elle augmente sa consommation, attend trois semaines, ne voit strictement aucune différence, et en conclut que ses cheveux sont un cas désespéré. Ils ne le sont pas : elle a traité un problème extérieur par l'intérieur.
Il y a donc deux hydratations, et elles n'ont presque rien en commun. Celle que l'on boit appartient à la santé générale. Celle que l'on applique concerne le cheveu déjà là, celui que tu as dans les mains ce matin, et c'est la seule sur laquelle un geste capillaire a prise. La première ne remplace jamais la seconde.
Combien boire, et comment le savoir
Puisque la question de la quantité revient toujours, autant donner les repères existants. Les références européennes situent l'apport hydrique adéquat autour de deux litres par jour chez la femme adulte et de deux litres et demi chez l'homme, toutes sources confondues, c'est-à-dire boissons et aliments réunis (avis de l'Autorité européenne de sécurité des aliments sur les valeurs nutritionnelles de référence pour l'eau, 2010). Ce sont des repères de population, pas une prescription individuelle : ils augmentent avec la chaleur, l'effort physique, la fièvre ou l'allaitement.
Retiens surtout que l'alimentation compte dans le total. Les soupes, les fruits, les légumes et les yaourts en apportent une part non négligeable. Une femme qui mange beaucoup de crudités et boit un litre d'eau n'est pas dans la même situation qu'une femme qui déjeune d'un sandwich et boit la même quantité.
Le meilleur indicateur reste le plus simple, et il ne demande aucune application : la couleur des urines, claires quand tout va bien, plus foncées quand il faut boire davantage. C'est un repère grossier mais robuste, utilisé pour cela en physiologie de l'effort (Armstrong et coll., International Journal of Sport Nutrition, 1994). Si tu bois peu par habitude plutôt que par choix, une bouteille laissée en évidence là où tu travailles règle le problème mieux que n'importe quel rappel.
Ce qui décide vraiment de la longueur

On lit partout que les cheveux crépus pousseraient plus lentement que les autres textures, et tout aussi souvent le contraire. Les chiffres avancés se contredisent d'un article à l'autre, et nous n'en reprendrons aucun tant qu'une source solide ne permettra pas de trancher.
Ce qui s'observe en salon, en revanche, ne se discute pas : la différence de longueur vient surtout de la casse et du rétrécissement. Le rétrécissement est optique, un cheveu crépu enroulé sur lui-même peut paraître bien plus court qu'il ne l'est, et il suffit de l'étirer pour s'en rendre compte. La casse, elle, est bien réelle, et c'est elle qui explique la plupart des longueurs qui stagnent pendant des années.
Elle se joue à des endroits très précis, et nous les avons détaillés ailleurs plutôt que de les répéter ici : un peigne passé sur cheveux secs et nus, un démêlage commencé par les racines, des pointes jamais coupées, et une tension excessive sur les contours, qui est le mécanisme reconnu de l'alopécie de traction chez les femmes portant régulièrement tresses et tissages (Khumalo et coll., Journal of the American Academy of Dermatology, 2008). Nos huit conseils sur la rétention de longueur et notre article sur la longueur des cheveux crépus reprennent chacun de ces points.
Hydrater par l'extérieur, concrètement
Puisque la fibre ne reçoit rien de l'intérieur, tout se joue au moment du lavage et dans les jours qui suivent. Le Rituel Texture® complet se fait tous les sept à dix jours : un nettoyage clarifiant doux, puis Le Shampoing Réparateur, puis Le Masque Réparateur posé dix minutes, sous une charlotte si tu en as une.
Vient ensuite la partie que l'on néglige le plus : garder cette eau. La Crème Coiffante, appliquée sur cheveux humides, aide à maintenir l'hydratation apportée au lavage, et c'est elle qui fait la différence entre des longueurs souples au troisième jour et des longueurs déjà rêches au lendemain. Entre deux routines, une goutte d'huile légère sur les pointes peut compléter, sans jamais remplacer.
Une habitude vaut d'être corrigée ici, parce qu'elle paraît logique et ne l'est pas : mouiller ses cheveux tous les jours, ou les vaporiser d'eau chaque matin. La sensation est agréable, l'effet ne tient pas la journée, et cette alternance permanente de gonflement et de séchage finit par fatiguer la fibre. Mieux vaut une routine complète bien faite, tous les sept à dix jours.
Ce que l'eau ne fera pas, quoi qu'on en dise
- Accélérer la vitesse à laquelle tes cheveux poussent.
- Hydrater des longueurs sèches, qui se traitent par l'extérieur.
- Remplacer un soin quand c'est la casse qui bloque la longueur.
- Corriger une carence ou une chute, qui relèvent d'un avis médical.
Quand la question devient médicale
Une chute qui s'installe, des cheveux qui tombent par poignées au démêlage, des zones qui se dégarnissent, une fatigue persistante à côté : ces situations ne se règlent ni avec une gourde ni avec un soin. Elles demandent un médecin, qui prescrira au besoin une prise de sang et interprétera le résultat.
Nous ne conseillons aucune supplémentation, et c'est délibéré. Une carence se constate, elle ne se devine pas, et l'excès de certaines vitamines fait plus de mal que de bien. Notre article sur les aliments utiles à la santé des cheveux détaille ce que l'assiette peut, et où s'arrête son rôle.
Ta longueur stagne malgré tout ce que tu fais ?
Nos expertes passent ta routine en revue avec toi en ligne et repèrent ce qui fait casser la fibre. Pour une chute ou un signe inquiétant, un médecin reste l'interlocuteur à privilégier.
Réserver une consultationQuestions fréquentes
Boire beaucoup d'eau fait-il pousser les cheveux plus vite ?
Boire plus d'eau hydrate-t-il mes longueurs sèches ?
Faut-il vaporiser de l'eau sur ses cheveux chaque jour ?
Les compléments alimentaires sont-ils plus efficaces ?
L'eau calcaire abîme-t-elle les cheveux crépus ?
Aller plus loin
Sources
- EFSA Panel on Dietetic Products, Nutrition and Allergies, « Scientific Opinion on Dietary Reference Values for water », EFSA Journal, vol. 8, n° 3, 2010, article 1459.
- Robbins C. R., Chemical and Physical Behavior of Human Hair, Springer, 5e édition, 2012.
- Armstrong L. E., Maresh C. M., Castellani J. W. et coll., « Urinary indices of hydration status », International Journal of Sport Nutrition, vol. 4, n° 3, 1994.
- Khumalo N. P. et coll., « Determinants of marginal traction alopecia in African girls and women », Journal of the American Academy of Dermatology, 2008.