Les longueurs brillent, elles sont douces sous les doigts, et elles restent sèches. Alors tu changes d'huile, tu en mets davantage. Et si l'huile n'était pas le problème, mais ce que tu en attendais ?
Le problème vient rarement de l'huile choisie. Il vient de ce qu'on lui demande, et de l'endroit où on la place dans la semaine. Trois huiles légères font très bien ce travail sur cheveux crépus et frisés, à condition de savoir quel travail c'est. Pour situer le geste dans l'ensemble, notre tutoriel pas à pas détaille les six étapes du Rituel Texture®.
Dans la maison de mon enfance, l'huile n'a jamais été un soin à elle seule. On en ajoutait un petit peu au soin à l'hibiscus, juste de quoi l'enrober, et c'était le soin qui travaillait. Je m'en tiens à cela au salon : l'huile arrive en dernier, en très petite quantité, et seulement quand il y a quelque chose à envelopper.
Ghana Elin, fondatriceCe qu'on demande à tort à une huile

Une huile végétale dépose un corps gras à la surface du cheveu. Ce film lisse les écailles, réduit la friction d'une mèche contre l'autre et ralentit l'évaporation de l'eau contenue dans la fibre. C'est un effet de surface et de frein, pas un apport : nous avons détaillé ce que chaque famille d'huile sait faire dans notre comparatif des huiles, et nous ne le redirons pas ici.
Un mot suffit à expliquer le malentendu : sceller. On lit qu'il faudrait sceller l'hydratation avec une huile ou un beurre après chaque lavage. Dans le Rituel Texture®, cette sixième étape existe bel et bien, elle s'appelle Sceller l'hydratation, et elle se fait avec La Crème Coiffante, pas avec une huile. Une huile légère vient après, en complément, sur les pointes, entre deux routines, quand tu les sens rêches au bout de quelques jours.
La nuance n'est pas seulement de vocabulaire. Une huile posée sur une chevelure qui n'a rien reçu au lavage n'a rien à retenir : elle fixe la sécheresse au lieu de la corriger. C'est ce qui explique les cheveux gras au toucher et secs au comportement.
Reste une idée reçue qu'il faut lever avant de choisir, parce qu'elle décide de tout le reste : « légère » ne veut pas dire « pénétrante ». La capacité d'une huile à entrer dans la fibre ne tient pas à sa fluidité mais à la forme de ses molécules et à leur affinité avec la kératine (Keis et coll., Journal of Cosmetic Science, 2005). Parmi les huiles comparées sur cheveux humains, seule l'huile de coco entière a réduit de façon notable la perte de protéines, grâce à son acide laurique, une chaîne courte et linéaire qui traverse la cuticule (Rele et Mohile, Journal of Cosmetic Science, 2003).
Une huile légère ne se choisit pas pour ce qu'elle apporterait à l'intérieur du cheveu, mais pour ce qu'elle laisse à l'extérieur : une couche fine, régulière, qui ne s'accumule pas d'une semaine sur l'autre.
Huile 1L'huile de jojoba
Commençons par une précision qui a son importance, et que l'on trouve rarement écrite : le jojoba n'est pas une huile au sens chimique du terme. C'est une cire liquide, faite d'esters de cire et non de triglycérides, ce qui explique à la fois sa stabilité remarquable et son comportement très superficiel sur la fibre (Pazyar et coll., Giornale Italiano di Dermatologia e Venereologia, 2013). Les pages qui la présentent comme pénétrante se trompent de produit.
Cela n'en fait pas un mauvais choix, au contraire. Sa composition est proche de celle du sébum humain, ce qui explique qu'elle se fonde dans une chevelure sans donner cet aspect luisant que l'on voit apparaître avec les huiles plus lourdes. Elle ne rancit pratiquement pas, ce qui compte quand un flacon reste ouvert plusieurs mois dans une salle de bain.
Elle convient particulièrement aux cheveux fins ou peu denses, à ceux qui s'aplatissent au moindre excès de produit, et aux cuirs chevelus qui supportent mal les corps gras. Deux gouttes travaillées entre les paumes donnent de la souplesse aux pointes sans tasser la mèche. C'est la plus sûre des trois quand tu ne sais pas encore comment tes cheveux réagissent. Ce qu'il ne faut pas lui demander : de nourrir en profondeur. Elle enveloppe, elle n'alimente pas.
Huile 2L'huile d'amande douce
Plus riche que le jojoba sans être lourde, elle est celle que l'on garde pour le confort. Son intérêt principal est le cuir chevelu sec, celui qui tiraille le lendemain du lavage et qui démange de façon diffuse, sans squames épaisses. Quelques gouttes réparties raie par raie, massées du bout des doigts, apaisent en général cette gêne au fil de deux ou trois lavages.
Sur les longueurs, elle assouplit bien les chevelures un peu rigides, celles que le démêlage fatigue. Comme toute huile végétale conservée à la lumière et à la chaleur, elle finit par s'altérer : un flacon ouvert depuis des mois qui sent le renfermé est à jeter, pas à finir.
Une réserve importante, et elle n'est pas de confort : l'amande douce est à écarter en cas d'allergie connue aux fruits à coque, et à tester sur une petite zone pendant quarante-huit heures avant la première application complète, comme tout nouveau produit.
Huile 3L'huile de coco fractionnée

Fractionner une huile de coco consiste à en retirer les acides gras à longue chaîne pour ne conserver que les chaînes moyennes. Le produit obtenu est fluide en toute saison, il ne fige plus à température ambiante, il ne colle pas et il se conserve très longtemps. Pour une chevelure que l'huile de coco classique alourdissait, c'est une amélioration immédiate.
Il faut cependant savoir ce que l'on perd au passage, et c'est ici que les deux premières sections se rejoignent. L'acide laurique, celui-là même auquel l'étude de 2003 attribue la pénétration de l'huile de coco entière, fait partie de ce qui est retiré. La coco fractionnée est donc une excellente huile de surface, très confortable, mais elle ne partage pas la propriété qui a rendu l'huile de coco célèbre. Les deux ne sont pas interchangeables, et aucune n'est supérieure à l'autre dans l'absolu.
Elle trouve sa place sur les pointes des chevelures denses, en finition, et sur les longueurs avant une coiffure protectrice, là où l'on cherche de la glisse et pas de la matière.
Quand le léger ne suffit plus
Choisir léger n'est pas un principe, c'est une réponse à une situation. Des cheveux très denses, des pointes usées par des mois de coiffures, une chevelure qui boit tout et redevient rêche le soir même : dans ces cas, un corps gras plus épais tient mieux la distance, à condition de le réserver aux dix derniers centimètres. Nous avons traité ailleurs les huiles riches, comme l'huile de carapate, nom antillais de l'huile de ricin, et les trois beurres végétaux qui rendent des services voisins.
Pour te situer entre les deux familles, une seule observation suffit, et elle ne demande aucun matériel : regarde comment l'eau se comporte au moment du lavage, et combien de temps tes cheveux mettent à sécher. Une eau qui perle en surface et un séchage long orientent vers le léger. Une absorption immédiate suivie d'un séchage rapide autorise plus riche. C'est le principe que détaille notre article sur la porosité des cheveux crépus.
Où, quand et combien en mettre
Le bon moment est celui où la chevelure a déjà reçu quelque chose. Après le Rituel Texture®, La Crème Coiffante aide à maintenir l'hydratation apportée au lavage ; l'huile légère intervient ensuite, les jours suivants, uniquement là où c'est nécessaire.
La quantité se compte en gouttes, pas en cuillères. Deux ou trois dans le creux de la main, chauffées entre les paumes, appliquées sur les pointes d'une section à la fois. Si tes cheveux paraissent plats ou luisants le lendemain, tu en as mis trop, et la correction consiste à diviser par deux plutôt qu'à changer d'huile.
Le soir, avant de refaire tes nattes et de nouer un foulard en soie, une goutte sur les pointes prolonge le confort d'une routine à la suivante. C'est le seul usage vraiment quotidien qui se justifie. Sur le cuir chevelu, en revanche, l'huile ne se met qu'en cas de sécheresse franche, et jamais quand il est gras ou pelliculaire : elle y entretient le déséquilibre au lieu de le calmer.
Quatre usages qui ne tiennent pas
- Le bain d'huile hebdomadaire. Une à deux fois par an au maximum, et nous expliquons pourquoi dans l'article qui lui est consacré. Pour préparer le lavage, le démêlage au doigt tchadien sur cheveux secs suffit largement.
- Le vaporisateur d'eau et d'huile chaque matin. Mouiller ses cheveux tous les jours fatigue la fibre. Une routine complète tous les sept à dix jours tient mieux l'hydratation que douze brumisations.
- L'huile à la place du soin. Sur une fibre qui n'a rien reçu, elle enferme la sécheresse au lieu de la corriger.
- L'huile sur les racines par habitude. Entre deux lavages, ce dépôt garde la transpiration contre la peau et finit par démanger.
Tu ne sais pas si ta chevelure demande léger ou riche ?
Nos expertes passent ta routine en revue avec toi en ligne, observent comment tes cheveux se comportent à l'eau et te disent où l'huile a sa place, si elle en a une.
Réserver une consultationQuestions fréquentes
Quelle quantité d'huile faut-il utiliser ?
Une huile peut-elle remplacer un soin hydratant ?
Le jojoba pénètre-t-il vraiment la fibre ?
Peut-on mettre de l'huile tous les jours ?
Mes cheveux restent secs malgré les huiles, pourquoi ?
Aller plus loin
Sources
- Rele A. S. et Mohile R. B., « Effect of mineral oil, sunflower oil, and coconut oil on prevention of hair damage », Journal of Cosmetic Science, vol. 54, n° 2, 2003.
- Keis K., Persaud D., Kamath Y. K. et Rele A. S., « Investigation of penetration abilities of various oils into human hair fibers », Journal of Cosmetic Science, vol. 56, n° 5, 2005.
- Pazyar N., Yaghoobi R., Ghassemi M. R. et coll., « Jojoba in dermatology: a succinct review », Giornale Italiano di Dermatologia e Venereologia, vol. 148, n° 6, 2013.