Cherche dans tes souvenirs d'enfance une actrice ou une chanteuse française vue à la télévision avec ses cheveux crépus au naturel. La plupart des femmes qui ont grandi en France dans les années 1990 s'arrêtent à un nom, souvent à aucun.
Les choses ont bougé, plus lentement qu'on ne le croit et pas seulement grâce aux réseaux sociaux. Voici cinq personnalités françaises dont le rapport aux cheveux crépus est établi par leur travail public, ce que le droit français a commencé à en dire, et ce que porter son afro demande une fois l'envie passée. Sur ce dernier point, notre tutoriel pas à pas détaille les six étapes du Rituel Texture®.
Le manque de modèles n'est pas un souvenir vague

Une petite fille ne se dit pas qu'elle manque de modèles. Elle constate simplement que les cheveux qu'elle voit à l'écran ne se comportent pas comme les siens, qu'ils tombent, qu'ils bougent, et que les siens font autre chose. Faute de contre-exemple, elle en tire la conclusion la plus simple : ce sont ses cheveux qui posent problème. C'est ce raisonnement silencieux, répété pendant toute une enfance, qui explique pourquoi tant de femmes de 35 à 55 ans ont mis des années à revenir au naturel.
Les références existaient, mais elles venaient d'ailleurs. Une génération entière de Françaises a grandi avec des visages américains pour seuls repères, et rien ou presque qui ressemble à leur propre vie, leur propre ville, leur propre langue. Le manque n'était pas un manque de beauté noire : c'était un manque de proximité.
J'ai vécu ce blanc à l'envers. Quand je suis arrivée dans l'Hexagone, j'étais la seule de ma classe à avoir des cheveux crépus, et on me demandait pourquoi mes cheveux étaient comme ça, pourquoi je portais des perles. Ma mère a continué à me coiffer avec soin, pour que j'arrive à l'école bien coiffée, et des maîtresses complimentaient son travail. J'ai fini par en faire une force.
Ghana Elin, fondatriceCinq personnalités françaises qui portent leur afro
Les listes de célébrités circulent beaucoup et se recopient sans se vérifier. Nous nous en tenons ici à des femmes dont le lien avec le sujet est public et documenté : un livre, un film, un propos tenu en entretien et daté. Aucune d'elles n'a de lien avec notre maison, et nous ne leur prêtons ni conseil ni routine : nous rapportons ce qu'elles ont elles-mêmes rendu public.
Aïssa Maïga
Née à Dakar en 1975, actrice et réalisatrice de nationalité française, elle apparaît en public avec ses cheveux crépus portés au naturel depuis des années. Elle a surtout fait de la représentation un sujet de travail. Elle a dirigé Noire n'est pas mon métier, recueil de seize actrices noires et métisses paru au Seuil en 2018, monté les marches de Cannes avec elles la même année, puis coréalisé avec Isabelle Simeoni le documentaire Regard noir, sorti en 2021, sur la place des femmes noires à l'écran.
Rokhaya Diallo
Journaliste et autrice, elle a consacré un livre entier au cheveu naturel en France. Afro !, publié aux Arènes en novembre 2015 avec la photographe Brigitte Sombié, rassemble 110 portraits de Parisiennes et de Parisiens qui ont cessé de défriser ou de lisser, chacun accompagné de son récit. C'est l'un des rares documents français à montrer, côte à côte, la variété réelle des textures et des raisons de revenir au naturel. Le livre est toujours disponible chez son éditeur.
Inna Modja
L'artiste née à Bamako est arrivée sur la scène musicale française à la fin des années 2000 avec un afro volumineux que personne ne lui avait demandé d'arrondir. Dans un entretien accordé en novembre 2011 au site Afrik.com, elle rapportait la réaction que sa coiffure suscitait, résumée par une question qui revenait dans le public : « mais qui est cette fille noire avec son énorme afro ? » Elle y répondait d'une phrase, qui reste la meilleure conclusion de ce paragraphe : « Je ne me vois pas changer de tête simplement pour plaire aux autres. »
Assa Sylla
Née à Paris en 1996, l'actrice a été révélée par Bande de filles, de Céline Sciamma, sorti en 2014, un rôle qui lui a valu une nomination aux César. On l'a vue ensuite dans Skam France, puis dans Mortel. Sa génération n'a pas eu à réclamer la place : elle est arrivée avec sa texture, sans en faire une déclaration, et c'est peut-être le changement le plus net d'une décennie à l'autre.
Mati Diop
Réalisatrice franco-sénégalaise née à Paris en 1982, elle est la première femme noire à avoir présenté un film en compétition officielle à Cannes, avec Atlantique, Grand Prix du jury en 2019. Son documentaire Dahomey, sur la restitution par la France d'œuvres pillées dans l'ancien royaume, a reçu l'Ours d'or à Berlin en 2024. Elle appartient à cette catégorie de figures publiques dont la texture n'est jamais le sujet, ce qui, pour une jeune spectatrice, compte parfois davantage qu'un discours.
Ce que le droit français a commencé à dire
La représentation n'est pas qu'une affaire d'écrans. Elle se joue aussi aux entretiens d'embauche, dans les règlements intérieurs et dans les remarques d'open space. Une proposition de loi visant à reconnaître et sanctionner la discrimination capillaire, portée par le député guadeloupéen Olivier Serva, a été adoptée en première lecture par l'Assemblée nationale le 28 mars 2024, puis transmise au Sénat le jour même.
Depuis, le Sénat ne l'a pas inscrite à son ordre du jour. Le texte n'est donc pas en vigueur, et il faut le dire clairement plutôt que de laisser croire l'inverse : une situation de ce type relève aujourd'hui du droit commun de la discrimination, qui protège déjà sur le fondement de l'apparence physique et de l'origine.
Il a malgré tout eu un effet, et cet effet-là ne dépendait pas du Sénat. Il a nommé une chose que beaucoup de femmes vivaient sans mot pour la décrire : lisser avant un entretien, ranger ses tresses sous un chignon le lundi, ou entendre qu'un volume serait plus présentable attaché.
Se demander si sa coiffure sera acceptée avant de se demander si elle lui plaît : c'est ce calcul-là, répété, que le mot « discrimination capillaire » a rendu visible.
Porter son afro au quotidien

Entre l'envie et la tenue dans la durée, il y a une routine, et elle est plus courte qu'on ne l'imagine. Le Rituel Texture® se fait tous les 7 à 10 jours et commence par le démêlage au doigt tchadien, aux doigts et sur cheveux secs, section par section. Ce n'est pas le fait de démêler à sec qui casse : c'est le peigne passé sur des cheveux secs et sans produit. Le peigne, lui, intervient plus tard, sur des longueurs gainées du Masque Réparateur.
Vient ensuite le séchage protecteur, au sèche-cheveux, après application de La Crème Coiffante sur toute la longueur, par petites mèches et en mouvement constant. C'est ce passage qui donne à un afro sa forme et son ampleur, bien mieux que le peigne planté à la racine sur cheveux secs. La nuit, un foulard en soie et une taie d'oreiller en soie suffisent à conserver le travail de la journée, et évitent de tout recommencer le lendemain matin.
Entre deux routines, résiste à l'envie de mouiller la tête pour raviver la forme. C'est agréable, cela donne l'impression de réhydrater, et c'est précisément ce qui fatigue la fibre à la longue. Vois aussi nos coiffures de nuit et notre article sur l'hydratation des cheveux crépus.
Ce qui fatigue un afro porté au naturel
- Le passer au peigne à sec et sans produit, pour gagner du volume.
- L'attacher serré au même endroit tous les jours.
- Dormir sur une taie en coton, sans foulard en soie.
- Mouiller la tête chaque matin pour lui redonner de la forme.
- Espacer les soins parce qu'il « tient tout seul ».
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Réserver une consultationQuestions fréquentes
La discrimination capillaire est-elle interdite en France ?
Qu'est-ce que le mouvement nappy ?
Qu'est-ce qu'un big chop ?
Faut-il beaucoup de longueur pour porter un afro ?
Aller plus loin
Sources
- Rokhaya Diallo et Brigitte Sombié, Afro !, Les Arènes, novembre 2015.
- Collectif dirigé par Aïssa Maïga, Noire n'est pas mon métier, Seuil, 2018.
- Entretien d'Inna Modja publié par Afrik.com le 7 novembre 2011.
- Assemblée nationale, proposition de loi visant à reconnaître et à sanctionner la discrimination capillaire, adoptée en première lecture le 28 mars 2024 et transmise au Sénat le même jour (dossier législatif du Sénat n° 486, 2023-2024).